Karma

Lakhvinder baisse ses yeux bleu-vert lorsque le visiteur lui demande si les vieux mendiants à l’entrée de l’immeuble habitent là en permanence. Il répond simplement qu’ils ne sont pas mendiants, et demande à son tour au visiteur si l’appartement lui plaît. Il vient de faire construire un appartement au dessus du sien et cherche un locataire pour compléter ses revenus. Le coût de la vie augmente vite à Delhi, ainsi que les taux d’intérêt du prêt contracté pour payer les études de son fils, en Australie. A son retour, ce dernier pourra d’ailleurs s’installer dans l’appartement.

Le visiteur se montre intéressé. L’appartement, propre et neuf, est bien placé dans le quartier calme d’Amar Colony, à Lajpat Nagar au centre de Delhi. Il vérifie où est le bouton du pani-ka-motor (moteur de la pompe pour acheminer l’eau vers la citerne sur le toit), et commence à négocier le loyer. Ils se mettent d’accord sur 10 000 Rs par mois.

En quittant les lieux, le futur locataire ne peut éviter le regard perçant de la vieille aux cheveux épais et hirsutes. Ses yeux sont d’un bleu si vif que le visiteur se demande un instant si elle n’est pas droguée au Brown Sugar, l’héroïne du pauvre. Il ne sait pas ce qu’il doit lire dans ce regard : la colère, la folie, ou peut-être un appel à un peu de compassion. Mais il est troublé. Elle esquisse un geste inachevé vers lui, et il réalise qu’elle est bossue, comme cassée en deux. Son homme assis sur le même lit en bois a de grandes mains calleuses et puissantes, et le regard absent.

Vieillards d'Amar Colony à New Delhi

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le long voyage des prolétaires de Delhi

6:00. La famille se lève. La mère est déjà en train de cuisiner. Le père, garde de sécurité la nuit, n’est pas encore rentré. Les enfants se brossent les dents à tour de rôle dans le lavabo de l’entrée. Ils grignotent leur paranthas et boivent un chai, assis dans le couloir, car la cuisine est trop étroite. Les deux aînées embarquent la lunch box préparée par la mère. Elles se dessinent un trait d’eye liner sous les yeux. Comme chaque matin, elles passent aux toilettes juste avant de partir, car la route sera longue.

7:00. Les deux jeunes femmes quittent la maison. Commence leur long périple quotidien pour aller au travail. Elles marchent rapidement dans la gali (ruelle) puis passent dans la rue principale du quartier, plus commerçante. Seules les échoppes qui vendent du lait sont ouvertes à cette heure-ci.

Working class Delhi classe ouvriere banlieue

Carrefour de Dayalpur, un quartier périurbain de Delhi

Elles arrivent au carrefour de Dayalpur, et montent dans un Gramin Sewa : ce three wheelers (3 roues), plus spacieux qu’un auto-rickshaw, suit une route fixée d’avance jusqu’à Bhajanpura. L’assistant du chauffeur crie pour attirer l’attention d’autres passagers potentiels. Une femme monte avec un enfant. Elle l’assied sur ses genoux puisqu’il ne paie pas. Puis quelques hommes les rejoignent et se serrent. Le sewa démarre enfin. La route cahoteuse n’a jamais été goudronnée alors que les travaux ont commencé il y a deux ans. Les deux jeunes femmes s’accrochent pour supporter les soubresauts mal amortis.

Quatre garçons en route pour l’école grimpent furtivement à l’arrière. L’assistant fait semblant de ne rien voir. Mais lorsqu’ils commencent à rire aux éclats, grisés par les secousses, le chauffeur les somme de descendre. Un passager intercède en leur faveur, mais le conducteur reste inflexible : ces acrobaties sont trop dangereuses avec les bus et les motos qui suivent de près. Les garçons déguerpissent en riant et s’attaquent à une camionnette.

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Enigme n. 2 : vous avez 666 messages non lus…

…Comment lire les 10 qui vous sont personnellement destinés ?

Adrak Wali Blog - trop de SMSLe SPAM par SMS, vous connaissez ? Tous les jours, j’en reçois des dizaines : on me propose des bons plans financiers, des prêts et des cartes de crédits, des voitures ou des locations de taxis, des appartements ou des farmhouses luxueuses, des cours de relaxation ou de management du stress, du soutien scolaire ou de brillantes études à l’étranger, des voyages, des soins médicaux, des services comptables, et bien d’autres produits encore pour réaliser mon potentiel de consommatrice insatiable.

Les spammeurs ont même inventé un nouvel idiome mêlant anglais, hindi et l’universel langage SMS. Vendre du rêve ou des arnaques en 160 caractères, c’est pas cher mais ça demande de la créativité. Florilège :

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Tourisme responsable ?

Qu’est-ce que le tourisme responsable ?

Voici quelques réflexions découlant de mon expérience de voyageuse, de voyagiste, mais aussi de quelques lectures et d’une réflexion collective engagée dans lors de ma dernière année d’étude en 2007 (nous étions un groupe de 3 étudiantes travaillant sur un projet de site collaboratif sur le tourisme responsable, encouragées par nos professeurs et par quelques personnalités que nous avons rencontrées).

Nous avions élaboré cette définition du tourisme responsable :

Le tourisme responsable, en s’appuyant sur des initiatives locales, a pour objectifs :

  • une rencontre authentique entre les voyageurs et les populations locales
  • la préservation à long terme des ressources naturelles, culturelles et sociales
  • le développement économique et l’épanouissement des populations locales (par l’implication dans l’économie locale, une rémunération juste et stable des partenaires, des conditions de travail décentes, des échanges de connaissances et de bonnes pratiques…)

Cette définition certes minimaliste se trouve toujours, à peine remaniée, sur Wikipédia où nous avions créée l’entrée Tourisme Responsable. Depuis elle a été reprise par quelques sites.

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“This is India, my friend” : je m’énerve ou pas ?

Petit post léger pour t’aider à conserver ton flegmatisme légendaire lors d’un voyage en Inde. Il est inutile de t’offusquer si :

1. Ton interlocuteur serre la main de ton homme mais pas la tienne (c’est de la pudeur, pas du machisme).

2. On te raccroche au nez. Au téléphone, on ne s’embarrasse pas de formules de politesse.

3. Un inconnu te pose des questions très personnelles. Tu peux toujours esquiver par une blague ou contre-attaquer par une question. La blague est plus risquée d’ailleurs car tu risques de faire un bide. Lire la suite

Eid Moubarak ! La fin du Ramadan

L’Inde fête aujourd’hui Eid-ul-Fitr, la fin du Ramadan – ou Ramzan.

Les Indiens (même non musulmans) ont passé la journée à féliciter leurs proches et amis musulmans. La tradition veut que l’on s’étreigne en se souhaitant “Eid Moubarak !”, mais aujourd’hui les voeux se transmettent aussi par SMS, Skype ou Twitter

Eid est l’occasion (longuement attendue) d’offrir des cadeaux et habits aux enfants, et même un peu d’argent de poche (“Eidi“). Cette tradition n’est pas près de s’éteindre car les enfants ne manquent pas de la rappeler aux adultes de la famille…

Demain le facteur hindou nous demandera aussi son eidi, ce qui ne l’empêchera pas d’attendre un petit don au moment de Diwali, dans quelques semaines, sans oublier Noël bien entendu. La laïcité à l’indienne a du bon… Lire la suite

Ambiance bon enfant à India Gate pour célébrer la victoire d’Anna Hazare

India Gate est traditionnellement un lieu de sortie familiale le week-end. En journée les enfants jouent dans le “Children’s Park” équipé de balançoires, portiques et toboggans colorés. Puis au coucher du soleil, les familles s’assoient sur les pelouses près de l’Arche qui abrite la “flamme du soldat immortel” (Amar Jawan jyoti), le temps de déguster une glace.

Mais ce soir, il y avait un peu plus d’ambiance que d’habitude. Voilà quelques photos et une très courte vidéo pour vous donner une idée de l’ambiance :

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Des drapeaux donc, des topis, de la musique, mais aussi des cerfs-volants, des ballons et des en-cas à déguster comme tous les week-ends. C’était bien plus festif que la fête de l’Indépendance le 15 août dernier (tout le monde barricadé chez soi par crainte d’attentat, sauf les patrouilles de police). Lire la suite

Elle marchait derrière lui

Elle se tenait droite sur le trottoir et, probablement, attendait comme moi le retour d’un enfant en bus scolaire. Elle était trop jeune pour être la mère, habillée trop simplement pour être la grande soeur. La moiteur de mousson me pesait un peu. Ce matin il fallait choisir soigneusement où poser son pied à chaque pas, pour ne pas glisser dans la boue, tout en se concentrant sur le passage des voitures, des bus et du tracteur municipal, pour éviter d’être éclaboussé. A présent, les larges flaques matinales s’étaient entièrement évaporées. Je pouvais ainsi laisser mes yeux divaguer et observer le quotidien de mon quartier, animé par mes voisins installés en appartements cossus, et par tous ceux qui travaillent pour eux et nous, artisans de notre confort : les chauffeurs qui attendent toute la journée devant les maisons, les chowkidars (gardiens) qui vivent sur les toits, le repasseur et sa femme toujours souriante et élégante, lorsqu’elle va de maison en maison livrer les vêtements, le tailleur, quelques vendeurs de street food, et les nombreux maçons qui vivent dans les immeubles en construction. Parfois aussi des mendiants (toujours des femmes ou des enfants), ou un homme que l’alcool fait chanceler.
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Les femmes indiennes selon Air France

Récemment inscrite au programme de fidélité d’Air France, Flying Blue, je viens de recevoir leur première offre commerciale pour un abonnement à des magazines. Le message véhiculé est pour le moins frappant. Je vous laisse le lire par vous-même, mot pour mot :

VOGUE India is every woman’s perfect guide to the best in style, luxury and lifestyle. It features the biggest celebrities every month, benchmarking fashion supplements, features on art and culture making every issue a must-have, must-keep and must-collect. Last but not least, GQ India keeps men updated with the latest in cars, watches, fashion, sports, business & more!

J’ai ajouté les couleurs pour mieux mettre en valeur le message à peine latent : les femmes sont superficielles, préoccupées avant tout par les questions d’apparence (“style”, “fashion”), et bien-sûr dépensières (“luxury”). Heureusement les hommes travaillent (“business”), et permettent donc à la femme de dépenser. S’ils dépensent, c’est pour des choses utiles (voiture et montre) ; mais surtout, ils se dépensent physiquement (sport), ce qui sous-entend que les femmes sont paresseuses. Les hommes enfin ne perdent pas leur temps avec des futilités comme l’art et la culture (sont-ils beaufs alors ?).

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Vacances Romaines, ou comment une étourdie réserve son voyage online

La carte bancaire est-elle un bon moyen de paiement pour les services touristiques réservés sur Internet ?

Extrait d’un chat avec ma sœurette pas vraiment stressée :

Sœurette: Adrak, toi l’experte en tourisme et qui doit tout le temps vérifier que les guest houses fraudent pas, je peux te demander un conseil
Adrak: Tu me vexes, moi qui essaie plutôt de me faire passer pour une experte en luxe
Sœurette: oui, aussi mais moi je joue pas dans cette cour là
Soeurette: on part demain matin à Rome (5h40, aie aie), et j’ai perdu la confirmation de l’auberge que j’ai payée. j’ai encore mon relevé de compte qui prouve que j’ai payé, tu crois qu’ils vont essayer de m’arnaquer ?
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